Jean-Jacques Wunenburger – Composer le bleu avec le rouge

COMPENSER LE BLEU AVEC LE ROUGE

UN TEXTE INEDIT DE JEAN-JACQUES WUNENBURGER

LE BLEU EST FROID, AUSTERE, CEREBRAL, PROPRE, CELESTE

La couleur bleue feng shui représente l’élément eau, la communication, le raffinement, le sérieux, l’autorité et la patience. Recommandé pour les bureaux feng shui, les piscines, les spas, les cabinets médicaux mais à éviter dans les chambres et les séjours, les salons.

Même s’il est très prisé dans le champ de la communication et de l’information (intellect), le bleu se semble pas très excitant et suscite guère de pulsion ..d’achat..

Fast Company, média spécialisé dans les entreprises, estime, après avoir mené une étude qui comparait les plus grandes entreprises américaines (celles de la liste Fortune 500), que le bleu n’est pas la couleur la plus rentable: «Les premières sociétés dont le logo est bleu sont très rentables, mais elles le sont toujours moins que leurs adversaires aux logos rouges, verts ou blancs.»

À l’échelle mondiale, le constat reste le même pour les vingt sociétés les plus rentables. Les entreprises dites bleues représentent 40% de la liste mais, en matière de revenus, leur part descend à 34%. Contrairement aux sociétés vertes et rouges.

Cf : Slate 24-9615

POUR NE PAS RESTER REFRIGERE, DANS LA PAUVRETE, LA SECHERESSE, LA NOBLESSE, IL CONVIENT DONC DE LUI OPPOSER LE ROUGE

CE QUE SIGNIFIE BLEU/ROUGE


Le bleu représente le yin froid ; le rouge, le yang chaud. Cela illustre bien le principe de polarité et de réciprocité qui définit le mouvement énergétique du yin et du yang.

 

Le bleu et le rouge sont repris par les entreprises sanitaires pour égayer et érotiser le bleu, et surtout par les sportifs : emblème des clubs de football (Stade français, OL Lyon).  L’alliance bleu-rouge marie le ciel et la terre, la paix et l’énergie. Ce qu’on retrouve dans les couleurs de l’adolescence  

Les couleurs de l’adolescence

La seconde raison de l’insistance du bleu et du rouge tient aux résonances symboliques de ces deux couleurs. le bleu est associé à l’immatérialité et à la froideur. C’est la couleur des commencements (être un bleu) et des grandes origines (avoir le sang bleu). Le bleu est également associé

Le bleu est aussi associé au peurs profondes (une peur bleue) et à la méconnaissance (y voir que du bleu). Le bleu est donc la couleur des opérations intellectuelles.

Au contraire, le rouge est une couleur associée à la force, la puissance et au dynamisme. Selon qu’il soit clair ou foncé, il peut être mâle et tonique ou femelle et secret. Le premier exprime et le second alerte. Le rouge est associé à l’agressivité : c’est le sang que l’on verse ou que l’on fait verser. Au rouge glorieux des batailles s’oppose la pourpre somptueuse des pouvoirs

Les bleus et les rouges sont les couleurs de l’adolescence. L’insistance sur idéaux et la lignée du bleu dit la tendance à l’intellectualisation, les rêveries glorieuses et de toute puissance de cette époque, à la soif de pureté de cette période.  De leur côté, les rouges renvoient au dynamisme psycho-affectif provoqué par le processus pubertaire.

 Réf. superherossurledivan.blogspot.com/…/pourquoi-les-super-heros-sont-rouges-et.html

UNE FETE EN BLEU ET ROUGE

Une belle illustration se trouverait dans les fêtes de Parintins en Amazonie brésilienne. Toute la population se partage entre les rouges et les bleus, couleurs qui vont servir à repeindre les maisons, à choisir les vêtements, etc. avant le grand jeu du boeuf où les deux partis vont se combattre dans un grand rituel annuel.

La manifestation du bumba-meu-boi au Maranhão (Brésil) est la mise en scène musicale, chorégraphique et théâtrale d’un mythe tragique, qui fait référence à une ancienne pratique: celle du sacrifice d’un bœuf. Cette manifestation annuelle est organisée en un cycle qui comprend la naissance du bœuf, le développement du mythe en tableaux musico-chorégraphiques durant les fêtes de la Saint Jean, et la mort du bœuf. Elle consiste en la représentation symbolique du cycle de la naissance, de la vie et de la mort. Dans cette fête collective et communautaire, les émotions individuelles sont canalisées à travers une interaction entre mémoire collective, religieux, musical, performance
Les fêtes de bumba-meu-boi sont liées aux grandes questions de la vie et de la mort. Dans cette manifestation, un mythe tragique est mis en scène et joué de façon cyclique, tous les ans entre le mois de juin et le mois de septembre. L’éternel cycle de la vie, du recommencement, de la naissance et de la mort, est représenté par la naissance et le sacrifice d’un bœuf, tragédie vécue et accompagnée par l’ensemble de la communauté. et ritualisation du mythe.

Les festivités commencent officiellement le 13 juin, jour de Saint Antoine (Santo Antonio), et les moments clefs, pour les participants au bumba-meu-boi qui ont instauré cette manifestation comme un art de vivre, se situent à la fin du mois de juin, entre le 24 (Saint Jean) et le 30.

Cavalcanti défend l’idée que la compétition organisée entre les groupes, ainsi que la rivalité qui en découle, créent une dynamique. Les relations de voisinage rurales ou urbaines contribuent à développer ce réseau, puisque « l’existence d’un groupe de bumba-meu-boi quelque part en attire d’autres, comme la rivalité est la base de la performance » (2001 : 73). Si la rivalité est le fondement de la création, comme le suggère Cavalcanti, les individualités sont alors particulièrement sollicitées dans la valorisation ou la défense d’une identité de groupe, locale ou familiale.

La fête a pour but la réunion de la communauté autour de l’événement tragique. Ainsi, bien que les participants connaissent l’issue et la mort du bœuf, la fête doit célébrer ses qualités : l’animal illumine, il apporte énergie et joie à l’image des feux de la Saint-Jean, il démontre force et dignité.

La fête sera une brincadeira, un « amusement », un « jeu », elle sera présentée sur des scènes publiques, dans des arraiais, ou encore dans le cadre de scènes fermées (théâtres). La fête sera une obrigação, c’est à dire une « obligation » rituelle, elle se déroulera dans l’espace privé de la communauté. Les vœux adressés aux saints, exhaussés, sont payés en offrandes musico-chorégraphiques rituelles. Cette relation intime individu/saint régit les rapports entre les individus et le sacré dans le système de croyances populaires du Maranhão.

Référence : Entre rituel et spectacle, une tragédie en rythmes et en vers. Le bumba-meu-boi de São Luis do Maranhão (Nord-Est du Brésil)- Marie Cousin

p. 211-230 -Cahiers d’ethnomusicologie, 2010 n°) 23

Et Andrea Valentin, Contrarios, A celebracao da rivalidade dos Bois-Bumbas de Parintins, Editoria Valer, Manaus, 2005 (Voir photos)

Donc

Sportifs, fêtards, adeptes du Yang de tous les pays combattez la tyrannie du bleu et équilibrez la avec du ROUGE.

ANNEXE : Le bleu et rouge en Russie et aux USA

USA

Pourquoi le Parti démocrate est-il associé au bleu et le Parti républicain au rouge? Est-ce pour recréer les couleurs du drapeau américain? La réponse n’a en fait rien de politique ou patriotique. Il faut en fait revenir aux débuts de la télévision en couleur pour comprendre ces choix chromatiques.

C’est en 1976 est apparue la première carte colorée lors de la soirée électorale et, au départ, les couleurs n’étaient pas standardisées entre les réseaux télé. Par exemple, Jimmy Carter pouvait être représenté par la couleur jaune sur un réseau et par le rouge sur un autre.

Au départ, personne ne voulait d’ailleurs hériter de la couleur rouge, qui était alors associée au communisme et au drapeau de l’URSS.

Ce n’est qu’en 2000, lors de l’élection opposant George W. Bush et Al Gore, que les couleurs qu’on connaît aujourd’hui ont été standardisées par les grands réseaux de télévision. Le rouge n’avait plus son aura négative d’antan et le contraste entre bleu et rouge s’avérait visuellement attrayant à l’écran.


RUSSIE

Au début du XXème siècle, le rouge est devenu le symbole absolu du communisme. Après la révolution de 1917, le drapeau national est devenu rouge et l’est resté jusqu’en 1991. Pour les communistes, le rouge symbolise la couleur du sang que le prolétariat a versé dans son combat pour se libérer du joug capitaliste.

A l’ère soviétique, chaque citoyen, dès son enfance, était plongé dans la symbolique rouge : tous les enfants de 10 à 14 ans devenaient « Pionniers » (Organisation de la jeunesse communiste. Ndt.) et étaient obligés de porter au cou le foulard rouge, en signe d’appartenance.

Par opposition, la couleur blanche est devenue celle de l’ennemi idéologique. Suite à la guerre civile entre les russes « blancs » et « rouges » qui sévit de 1918 à 1920, les blancs vaincus ont été contraints de fuir le pays, créant la vague d’immigration blanche. En URSS, le blanc est devenu synonyme d’ennemi du peuple et de contre-révolutionnaire.

L’arc-en-ciel russe a sept couleurs et pour se rappeler de leur succession, il existe une phrase mnémotechnique qui reprend les premières lettres de chaque couleur en russe, ce qui donne la phrase : « Chaque chasseur souhaite savoir où se tapit le faisan ». L’orange connaît également, depuis la révolution éponyme qui a eu lieu en Ukraine il y a une dizaine d’année, son heure de gloire idéologique. L’orange est aujourd’hui symbole de libéralisme pro occidental. Le jaune et le vert, eux, ont une connotation universelle. La presse « jaune », de boulevard est la presse à scandale qui colporte des ragots. Le vert renvoie aux écologistes et à la protection de l’environnement. La couleur violette est utilisé dans une expression typiquement russe pour exprimer l’indifférence totale : « Cela m’est « violet » : cela ne m’intéresse pas, je n’en ai rien à faire ».

Dans les bleus, la nuance « bleu ciel » (Golouboï) a un statut particulier car elle est considérée comme une couleur à part entière et génère un grand nombre d’associations dans l’imaginaire collectif. D’une part, elle servait à désigner le sang bleu, le sang noble, l’appartenance à la noblesse et à l’aristocratie. Puis, à l’ère soviétique et surtout dans les années 1960, le « bleu clair » a été assimilé au romantisme aventurier de la conquête du Grand nord (une chanson populaire de l’époque évoque les « Villes bleues » et appelait la jeunesse à partir sur les chantier de Sibérie pour construire un avenir radieux). Les « rêves bleus » correspondaient à ces illusions d’un avenir meilleur. Et l’émission la plus regardée à la télévision soviétique s’appelait « La flamme Bleue » en référence à la couleur de l’écran noir et blanc du poste de télévision.

Or, durant les vingt dernières années, ce mot a connu un revirement inattendu. En effet, « golouboï » est devenu l’euphémisme le plus répandu pour désigner les homosexuels (dès qu’il a été possible d’en discuter publiquement). Et cela s’est propagé jusqu’au dessin animé soviétique somme toute innocent, « Le chiot bleu » (qui parle d’un petit chien solitaire, que personne n’aime) en le teintant d’une connotation érotique que les auteurs étaient loin de pouvoir envisager à l’époque de sa création. 

Ref. : RUSSIA BEYOND THE HARDLINES

— Jean-Jacques Wunenburger lu par Marie-Pierre Bonniol, texte inédit pour Extraits de bleu, le 8 septembre 2017, L’Espace d’en bas, Paris. Un programme de Collection Morel.